DUHÊME Jacqueline dite Line. Réunion de 100...

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DUHÊME Jacqueline dite Line. Réunion de 100...

DUHÊME Jacqueline dite Line. Réunion de 100 lettres autographes signées Line à Paul Éluard. Nice, Paris, Bougival, 1er juin 1948-27 décembre 1949 ; 58 enveloppes conservées, toutes ornées de dessins originaux à la plume dont seize aquarellées. EXTRAORDINAIRE CORRESPONDANCE AMOUREUSE INÉDITE D'UNE JEUNE ARTISTE DE VINGT ANS ÉPERDUMENT ÉPRISE DE PAUL ÉLUARD. Tous les quatre ou cinq jours pendant un an et demi, Line exprime sa passion en un style vif, coloré et plein d'images poétiques, soutenu par d'autres images dessinées par elle dans ses lettres, parfois coloriées, issues de la même veine. Tendresse, humour, plaintes, reproches, résignation, tous ces sentiments s'entremêlent d'un bout à l'autre de la correspondance avec, en outre, un TÉMOIGNAGE UNIQUE SUR HENRI MATISSE.

LES CENT LETTRES SONT ORNÉES DE PLUSIEURS CENTAINES DE DESSINS TOUJOURS HABILES ET TRÉS EXPRESSIFS, depuis de petits croquis hâtifs illustrant ses propos jusqu'à des dessins plus élaborés, à la mine de plomb ou à la plume dont un grand nombre aquarellés, comprenant des autoportraits (" Je ressemble aux petites filles de Balthus "), des portraits d'Éluard faits de mémoire, de grandes silhouettes féminines montrant l'influence du grand artiste qui l'a prise sous sa coupe.
Tout en traduisant une fraîcheur qui lui appartient en propre, ses lettres révèlent l'influence de l'authentique poète auquel elles s'adressent et celle du grand artiste à l'ombre duquel elle va passer quelque temps. Car Line Duhême, engagée par Matisse comme assistante ou aide d'atelier, tient aussi occasionnellement bien d'autres rôles : modèle, lectrice, aide-soignante, dame de compagnie, confidente, gouvernante. Matisse se montre avec elle paternel, paie ses notes de médecin, lui enseigne le français, qu'elle pratique d'instinct étant née en Grèce (en 1927) et ayant vécu son enfance à Athènes.
LES TÉMOIGNAGES ABONDENT SUR LA VIE QUOTIDIENNE DU PEINTRE, SUR LES ÉCRIVAINS ET LES ARTISTES QUI FRÉQUENTENT SA MAISON.
" J'ai vu Jacques Prévert qui m'a donné son livre Le petit lion.., [1947]. C'est un rudement gentil homme. C'est drôle, que tous les poètes aient le nez de travers... Il était stupéfait parce que j'ai fait la même réflexion que Picasso sur un tableau de fête foraine qu'il a chez lui " (29 déc. 48). " Ce vieux loustic de filou de Chagall est venu avec sa femme manche à balai, épouvantail à moineaux, frigidaire américain. Et ce crasseux mal repassé de Tériade sans ratelier avec sa douce madame langue de chat gourmande. On a parlé de Picasso et de petit casso (Prévert fille), de Skira et de petits rats en skis...". " Je n'aime pas Fougeron, je ne comprends pas le bruit qu'on fait autour d'un type sans talent... Elsa Triolet m'est beaucoup moins sympathique qu'avant. Elle ressemble à Chateaubriand, c'est énervant. Matisse fait des découpages, Picasso des pâtés de sable ou retombe en enfance... ". " On a besoin de toi ici pour répondre à Malraux qui dit que les écrivains communistes ne sont pas français ". " Je me suis consolée de ma solitude avec Albert Skira - gentil garçon et délicieux flirt et la suite... " (2 déc. 48). D'autres personnages apparaissent épisodiquement : Les Trutat, Picasso, Florence Gould, Prévert, Aragon, Elsa Triolet, les Duthuit, Madeleine Riffaud... "

Elle rapporte le déménagement de Matisse à Nice " dans cet immense Régina " et les prévenances du peintre pour elle : " Les grands meubles arrivent et les livres, des caisses et des caisses de livres merveilleusement reliés. Je les caresse comme j'aimerais faire de tes mains, puis des tableaux de tous les peintres. J'ai dans ma chambre une nature morte de Picasso qui est très émouvante, très envoûtante... C'est Matisse qui m'a installée ce matin, [il] m'a donné deux heures de leçon de français... Cet après-midi Matisse m'a habillée de toutes sortes de robes en tissus à faire rêver les dames du moyen âge, robes de brocart brodées d'or et de petites perles, velours et soies légères, grand châle indien dans lequel je suis princesse des îles paraît-il. Mais le clou est une robe ayant appartenu à la suite de Marie-Louise impératrice... Mais Matisse me préfère en religieuse portugaise. (Il avait illustré de lithographies une édition des Lettres de la religieuse portugaise, Tériade, 1946). " Hier Matisse a voulu dessiner " la Vierge rencontrant Jésus ''... Je posais pour la Vierge. Quand il a eu fini j'ai été frappée de la ressemblance de son dessin avec la photo de Nusch... Mais Matisse lui a fait ma poitrine par exemple, cela fait ta Nusch un peu plus ronde... J'essaierai d'avoir le dessin ". (C'est elle qui a posé devant Matisse pour le livre d'or de Skira). Matisse a fait un ravissant dessin de ma figure. Si j'étais comme ça je te ferais tourner la tête " (18 déc. 48).
" [Il] me prend pour un bébé. Il me raconte des histoires pour petite-fille, m'achète des médicaments et me fait coller des papiers. Il sait dessiner. Il est maître de lui-même, très travailleur et obstiné, c'est un bon maître pour moi, un patron encore meilleur... " (3 juillet 1948).
" Je m'engueule souvent avec Matisse et il a plus raison que moi souvent. Il a 80 ans, j'en ai 20 ! ". " Il est très rancunier Matisse et il a une vieille dent contre toi. Il paraît que tu devais faire une plaquette accompagnant des dessins de Matisse et dont Zervos [serait] l'éditeur. Comme tu tardais Zervos aurait dit que tu ne voulais pas déplaire à Picasso en travaillant pour Matisse... Mais Matisse t'admire et il me dit toujours du bien de toi. Le 25 juillet 1948 : " J'ai trouvé une lettre exquise de Matisse avec un très beau dessin ". Sous une esquisse de la Vierge à l'enfant dessinée par elle, Line a écrit : " moi en Sainte Vierge pour le patron (Matisse) ". Une autre fois : " J'ai reçu une lettre de Mr Matisse qui m'espère pour le 1er août et me dit qu'il me donne 9 000 (fr) par mois. Tu sais je voulais quand même acheter la jolie robe et puis j'ai donné l'argent à ma soeur pour son sanatorium ". Sous une crucifixion avec un modèle en croix qui a une cigarette aux lèvres : " Le gars qui pose pour Jésus c'est un comte. Y sent les pieds ". Et " Matisse rêve que le ciel est un taxi. Sur une lettre du 15 août (1948) elle donne son adresse : " C% Matisse 136 boulevard Montparnasse, OBS 46 77 ".
" [Matisse] ne peut pas dormir, il veut du thé, du tilleul, un cataplasme, une bouillotte, le tricot vert, un livre, qu'on lui lise ceci, cela... Il faut une patience d'ange... après une journée d'acrobatie sur des échelles de quatre mètres à exécuter des maquettes de six mètres... Matisse est un gros bucheur, un grand travailleur, il n'arrête pas. Il est malheureux quand il doit se reposer. Je suis (h)allucinée par ces sommes de travail. C'est gigantesque. Matisse m'apprend beaucoup et je l'aime bien ". " Puisque le coeur vous en dit, dit Matisse : Vive la paix ! ". La lettre du 1er novembre 1948 est ornée d'un dessin : le peintre malade dans son lit et Line lui faisant la lecture. 20 juillet 49 : " Je quitte Matisse le 1er septembre, j'irai quinze jours en Italie avec des amis et après je rentre chez Skira ou Ramié ".

Line Duhême a par ailleurs composé un plaisant calendrier de 212 quantièmes de l'année 1949 : 212 feuilles in-12 (100 x 70 mm) du 1er janvier au 21 octobre, toutes ornées de petites scènes différentes en relation avec les saisons, dessinées à la plume avec rehauts de couleurs. La correspondance est datable d'après 58 enveloppes conservées et les cachets de la poste (juin 1948-décembre 1949). TOUTES SONT ILLUSTRÉES À LA PLUME DE SCÈNES CHARMANTES ET DRÔLES DONT 16 AQUARELLÉES AVEC SOIN.
Line Duhême a relaté que l'intention de Paul Éluard était de l'épouser mais que le Parti communiste, particulièrement Elsa Triolet et Maurice Thorez l'en avaient dissuadé en dénonçant la différence d'âge (trente ans) qui les séparait. Entre temps Éluard au cours d'un voyage au Mexique rencontrait Dominique Lemort et l'épousait peu après. Dans l'une des dernières lettres Line dit au poète qu'elle veut lui donner les derniers jours de ses vingt ans. La toute dernière envoyée sans un mot à Paul & Dominique Éluard sert d'épilogue : un petit lapin dessiné et aquarellé baignant dans son sang sur l'herbe, un oiseau bleu le survolant.
L'amitié survivra cependant jusqu'au décès d'Éluard (1952). L'année précédente, se fondant sur son nom réel (Grindel), le poète avait écrit un conte pour que Line puisse l'illustrer, Grain d'aile (Éd. Raisons d'être, 1951). Elle illustrera deux autres livres pour la même collection : Claude Aveline, L'arbre Tic-Tac ; André Verdet, La fête au village et publiera plusieurs ouvrages dont deux de souvenirs : Petite main chez Henri Matisse, Une vie en crobards.
Sa personnalité ouverte, attachante et originale a attiré à elle, tout au long de sa longue existence, d'innombrables sympathies issues de tous les milieux.



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