Paco Rabanne et Lalet, au bonheur du cuir

A la fin des années 1960, Paco Rabanne, qui n’en est pas à sa première innovation, s’associe avec la maison Lalet pour créer un ensemble de vêtements – blousons, vestes et manteaux –, en empiècements de cuir rivetés. Ce sont quinze de ces créations, toutes sorties de l’atelier avec leurs étiquettes d’origine et donc jamais portées, qui sont ici proposées. Elles racontent un petit morceau de l’excellence de l’artisanat français et du parcours radical de cette figure singulière de la haute couture française, lui qui a intitulé sa toute première collection, présentée le 1er février 1966, « Douze robes importables en matériaux contemporains ». Le Limousin est une terre historique de la tannerie et de la chaussure. C’est dans l’idée de rejoindre cette tradition que Louis Lalet fonde en 1904 à Limoges l’entreprise à laquelle il donne son nom. Clairvoyant, il se lance, à grande échelle, dans la fabrication de tiges qui font alors le bonheur des bottiers. Sous l’impulsion de son fils Raoul, la marque Heller est déposée, spécialisée dans une matière noble, le cuir. Mais il faut attendre les années 1980 pour que l’entreprise développe la production de chaussures d’intérieur, puis qu’elle s’ouvre à des collaborations avec des maisons de couture célèbres. Celle de Pierre Cardin en premier lieu, qui a eu l’idée des « Cartoufles », appelées à devenir célèbres. Ces modèles de chaussures pour hommes, originellement conçues pour être portées à l’intérieur, vont gagner l’extérieur, leur élégance faisant merveille, sans oublier leur souplesse due aux cuirs de la marque limosine. Selon l’experte Claire Chassine-Lambert, c’est probablement par l’entremise du couturier révolutionnaire – l’un de ceux qui vont participer à la démocratisation vestimentaire –, que les Lalet, fils et petit-fils, rencontrent Paco Rabanne et mettent leur atelier de rivetage du cuir à sa disposition, entre 1967 et 1969. Petite parenthèse : on notera avec amusement que celui qui faisait défiler ses mannequins pieds nus s’associe avec une entreprise spécialisée dans les chaussons ! Quoi qu’il en soit, les vêtement issus de cette collaboration sont faits d’empiècements de cuir découpés géométriquement, reliés entre eux – c’est là que réside l’innovation – par des rivets métalliques. Ajoutez, pour certaines pièces, l’usage de couleurs fluo tout à fait en phase avec le côté pop de leur époque. Paco Rabanne était architecte de formation, et cela a son importance. Car il n’abordait pas le vêtement comme le résultat du découpage d’une simple pièce de tissu, mais comme une structure, presque un objet habité par un corps. En rupture radicale avec les codes traditionnels, il a délaissé les fils, les aiguilles et le dé à coudre pour faire des pinces, de la colle et des marteaux ses outils de travail. Une quête qui va le conduire à tisser des liens avec des ingénieurs. De toutes les matières, on dit facilement que c’est le métal qu’il préfère ! Gabrielle Chanel l’appelait le « métallurgiste ». C’est évidemment l’aluminium qui le retiendra. Les carrés « Lamex » sont fournis par les établissements Foin, le jersey d’aluminium permettant un rendu souple. Ses robes n’étaient pas cousues mais assemblées à la main à l’aide d’une pince et d’un chalumeau. Il s’emballera aussi pour d’autres matières inattendues: le papier qu’il renforce, et le plastique qu’il moule. Une étiquette accrochée à un blouson indique « Élu par Elle ». Le magazine féminin en avait fait son coup de cœur, la Gazette en fait le sien en juin 2026 !

Mardi 7 juillet, salle 2 - Hôtel Drouot. Audap & Associés OVV. Mme Chassine-Lambert.

Paco Rabanne (1934-2023) par Raoul Lalet, blouson modèle « Pérou », empiècements de cuir de forme octogonale fluo assemblés les uns aux autres par des griffes métalliques, collection PE 1967.
Estimation : 3 000 / 5 000 €

La Gazette Drouot n° 25 du 26 juin 2026, p. 18-19.