Des archives inédites des années 1960 de Paco Rabanne aux enchères
Conservés pendant près de soixante ans dans les ateliers de Raoul Lalet, ces blousons, manteaux, accessoires et prototypes constituent un témoignage de l’une des périodes les plus audacieuses de l’histoire de la mode. Architecte de formation, Paco Rabanne (1934-2023) a profondément bouleversé les codes de la couture des années 1960. Refusant les matériaux traditionnels et les techniques conventionnelles, il introduit des matières alors inédites : aluminium, plastique, papier, cuir découpé, fourrure tricotée ou encore textiles industriels. À rebours de la couture classique, son travail s’apparente davantage à une démarche d’ingénieur et de constructeur, où rivets, pinces, anneaux et assemblages remplacent le fil et l’aiguille. Pour mener ces recherches, le créateur s’entoure d’industriels, de techniciens et d’artisans capables de relever les défis posés par ces matériaux nouveaux. Parmi eux figure la maison Lalet, dont les ateliers mettent au point des procédés de rivetage permettant d’assembler des éléments géométriques de cuir et de leur donner souplesse et résistance. Leur collaboration, probablement initiée par l’intermédiaire de Pierre Cardin, donnera naissance à certaines des créations les plus emblématiques du couturier. Cette vente - qui réunit des pièces issues de ces ateliers - est composée de modèles achevés, de sorties d’usine conservées avec leurs étiquettes d’origine ainsi que de prototypes issus du bureau d’études de la marque Heller. Parmi les lots phares figurent deux blousons modèle Pérou, composés de pastilles octogonales de cuir orange, rose et vert fluorescent assemblées par des griffes métalliques. La vente réunit également des modèles Vitrail réalisés à partir de triangles de cuir rivetés et ajourés dans des coloris orange, jaune, framboise, bleu ou lie-de-vin. L’ensemble est complété par des prototypes : bottes, projets de chaussures, bérets. Conservés avec leurs marquages d’atelier, ces objets offrent un aperçu rare du processus de création du couturier. Par leur provenance directe, leur caractère inédit et leur importance documentaire, ces pièces éclairent d’un jour nouveau les collaborations techniques qui ont permis à Paco Rabanne de révolutionner la mode de son temps. Elles rappellent que derrière l’image du couturier visionnaire oeuvrait artisans et entreprises françaises dont le savoir-faire a contribué à rendre possible certaines des créations les plus radicales du XXe siècle.
Audap & Associés, Claire Chassine-Lambert, Mode & Vintage, mardi 7 juillet, Hotel Drouot, salle 14.
France info culture, 24/06/2026, par Corinne Jeammet, https://www.franceinfo.fr/culture/mode/vente-d-archives-martin-margiela-et-d-inedits-de-paco-rabanne-cours-a-l-ecole-du-louvre-avec-jeanne-vicerial-installation-de-jean-charles-de-castelbajc-pour-mellerio-que-faire-et-voir-en-marge-des-fashions-weeks_8039501.html