Dans l’atelier de Louis Botinelly, sculpteur marseillais de l’art déco

Plâtres, terres cuites, céramiques, pierres ou grès mais aussi marbres ou bronzes, rien n'effrayait Louis Botinelly. Le sculpteur, héritier d’une longue lignée de tailleurs de pierre, travaillait tous les matériaux – jusqu’aux cristaux de quartz – avec une grande maestria. Ce n’est pas un hasard si la ville de Marseille fit appel à lui pour orner plusieurs de ses monuments. Parmi eux, l’escalier monumental de la gare Saint-Charles, orné des grandes représentations des Colonies d’Afrique et des Colonies d’Asie – une tête en plâtre patiné de cette dernière, vers 1925-1927, est proposée dans la vente à 500/600 €. A épingler encore à son palmarès, le Dresseur d’oursons de l’esplanade de la Tourette (dont le plâtre lui valut une médaille de 3e classe au Salon de 1911), sans oublier Massilia pour l’Hôtel de Ville – un buste en plâtre reprenant, vers 1942, la version en pierre de l’escalier d’honneur s’offre ici à 300/400 €.
 
Pour Paul Ricard et Grace Kelly
Conservé par ses descendants, le fonds d’atelier regroupe ainsi une centaine de lots couvrant plusieurs décennies de sa production, de 1920 à 1960. « Cet ensemble est vendu par suite du décès de la fille de Botinelly, précise le commissaire-priseur Charles Baboin-Jaubert. C’était un sculpteur très apprécié dans le Sud, un artiste mondain protégé par l’industriel Paul Ricard et qui fit notamment le portrait de Grace Kelly ». Cette amitié avec l’homme d’affaires trouve sa parfaite illustration dans le Buste de Paul Ricard, réalisé en 1950 en plâtre patiné, et pour lequel 300/400 € sont requis au catalogue. Quant à Grace Kelly, elle figure dans la vente avec un Buste de la princesse Grace de Monaco, un plâtre daté vers 1957 (400/600 €) dont le modèle pourrait avoir été réalisé après son mariage avec le prince Rainier III. La version en marbre reste aujourd’hui non localisée.
Louis Botinelly baigne dès son enfance dans un environnement artistique. Après avoir entamé un apprentissage dans l’atelier familial de Digne-les-Bains en 1895, il intègre les Beaux-Arts de Marseille en 1900. La ville lui délivre une bourse en 1902, lui permettant de se rendre en Italie. De retour en France en 1905, il intègre l’atelier du sculpteur Jules Coutan à Paris (1848-1939). Au cours de sa carrière, Botinelly oscillera toujours entre la tradition figurative et une modernité plus affirmée. Il s’essaye à tous les genres, y compris les nus : son Éternelle Jeunesse de 1960 en calcaire rose granité du Gard – clou de la vente prisé 3 000/5 000 € – illustre parfaitement le style de la maturité, plus classique et épuré.
 
Botinelly, sculpteur art déco
Plus ancienne puisque de 1933, une esquisse grandeur nature en pierre de Senozan de La Loi et La Justice protégeant le Droit (800/1 000 €) — le groupe sculpté en terre cuite orne le salon d’honneur du tribunal de commerce de Marseille — témoigne de ce que le sculpteur doit à l’art déco, notamment dans la symétrie du groupe et le traitement des étoffes et de l'anatomie. Sa technique aussi évolue, et c’est ainsi qu’il abandonne la “mise au point” préparatoire au profit de la taille directe. Ayant à son actif de nombreux monuments commémoratifs, de multiples sujets religieux, d’innombrables portraits et beaucoup de statuettes féminines, Louis Botinelly s’éteint en 1962. Ses œuvres s’admirent aujourd’hui au musée des beaux-arts de Marseille, ainsi qu’à Bandol ou à La Ciotat, comme au musée des Années Trente de Boulogne-Billancourt.

Atelier Louis Botinelly, sculpteur Art-Déco & Un appartement Néoclassique à Paris
Vendredi 30 janvier 2026 - 13:30 (CET) - Live
Salle 13 - Hôtel Drouot - 75009 Paris

La Gazette Drouot, N°3, 23 janvier 2026.